14 décembre 2005

Jour 140 - Huayna Potosí - S 16.26247º W 68.15416º

23 heures, comme prévu Téofilo vient me chercher. Dur ! Heureusement, dehors le spectacle est grandiose : c'est presque la pleine lune, le Huayna se profile parfaitement au dessus de nous, Orion se dessine au zénith et au loin c'est un déchainement d'éclairs qui illumine le ciel ! Un café, une tartine et c'est parti. Nous chaussons les crampons et d'un pas lent mais régulier nous franchissons le premier glacier, compliqué du fait du gel et dégel permanent de sa glace. La pleine lune nous dispense des torches, au loin (25 km)on aperçoit les lumières de El Alto, la banlieu de La Paz. Quelques étoiles filantes font passer lesouffle court et les jambes lourdes. 5600m. Première difficulté de la matinée, une parois d'une dizaine de mètres à franchir au piolet d'escalade... c'est dur mais j'adore ça !
Les autres groupes sont quelques centaines de mètres dérrière, le rythme est plutôt costaud. La neige est absolument idéale, pas glacée mais compacte, un régal pour la progression. 5900m. Surprise du chef : le sommet est en vue, plus que 200 m à faire... sur une paroi glacée de 50º. Téo me dit qu'il faut une heure pour la franchir ! Ça motive vachement ! Bizarrement, je me sens beaucoup mieux qu'à 5600 ! Et là... c'est la guerre ! Téo part sur son rythme de guide et je décide de le suivre ! La cadence est hypnotique "droite, gauche, piolet,droite, gauche, piolet...", je m'aide de mes genoux pour me stabiliser, mais à cette vitesse de fou...j'explose ! Je crève de chaud et mes poumons cherchent désespérément l'oxygéne.
Agonie ! A chaque expiration c'est un râle, quasiment un cri. Près de 30 minutes qu'on est dans le dur. Téo me dit "plus qu'une demie-heure !" je serre les dents, 3 pas et soudain... plus rien devant moi ! Cette andouille de guide est assis tranquillement AU SOMMET ! Hébèté, je regarde autour de moi, histoire de confirmer qu'il n'y a pas de point plus haut... Euphorie indescriptible ! Il nous a fallut 3h50 pour gravir quasi 1000m et culminer les 6088m du Huayna Potosí. Ça valait bien la peine de nous faire lever si tôt ! Maintenant il faut attendre une heure le levé du soleil. J'ai les orteils gelés, insensibles, mais le second groupe qui vient d'arriver au bout de 4h15 d'effort, a les oreilles en compote : ça fait 5 minutes que je leur chante des chansons de garde ! "Fanchon, quoi que bonne chrétieeenne, fut baptisée avec du vin..."
7h25, nous sommes de retour au camp de base. 10h nous arrivons à la route ou nous attend la fourgonnette qui nous ramène à La Paz. Pour arriver là Téo nous a trouvé un racourci : sur le muret d'un canal de 30cm de large à flanc de montagne. D'un côté la flotte, de l'autre le vide et de face une mini tempête de neige, histoire de voir ou on met les pieds ! Je suis persuadé qu'on a fait la même école pour les raccourcis.
12h La Paz et j'en profite pour vous raconter ces 2 jours incroyables. Le Sajama et ses 6500m me tente carrément mais le temps n'est pas de la partie à l'est du pays. Dommage car je n'aurais certainement plus jamais une telle acclimatation à l'altitude et une telle pêche !

Une heure d'ascension dans les montagnes fait d'un gredin et d'un saint deux créatures à peu près semblables. La fatigue est le plus court chemin vers l'égalité, vers la fraternité. Et durant le sommeil s'ajoute la liberté. [Friedrich Nietzsche]

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Hello you, Tes photos son MAGNIFIQUES. Tu as le don, de prendre LA photo qui en dit long.
Sinon je trouve que tu ressembles de plus en plus aux chanteurs de ZZTop... A quand le groupe ?
Biz
M'ma Bertouille

Mathieu a dit…

Bonjour,

Conseilleriez-vous cette ascension à quelqu'un qui ne s'est jamais servi d'un piolet ? ... voire en fait à toute personne novice en alpinisme mais tout de même douée en randonnée.

A voir vos photos, cette ascension semble dépasser le stade de randonnée pour rejoindre celui de l'alpinisme (l’ascension du Licancabur s'apparente pour moi à de la randonnée par exemple).

Fabrice Rimlinger a dit…

@ Mathieu :
Cette ascension est parfaitement realisable par un bon marcheur acclimaté sans expérience des crampons ou du piolet. Tout á fait d'accord, le Licancabur, c'est de la rando.